Samos News
15/12/04
J'ai créé ce blog samedi dernier car j'allais voir la pièce
Paradise Codes inconnus au
Théâtre de la Commune à Aubervillers, et je regrettais le temps de Passion Théâtre où l'on devait rédiger un témoignage après chaque représentation. C'était un peu hypocrite de ma part, car si je le désirais, je pouvais écrire une contribution sur la pièce sur un le site de
Thatreonline. Je n'ai pas rédigé toute de suite mon papier, d'abord parce que dimanche, nous avons passé la journée chez Caroline avec Igor, et d'autre part, parce que je n'arrivais pas à avoir un point de vue clair sur ce spectacle. Je partageais l'avis de ce couple que nous avons rencontré au restaurant du théâtre - surprenant, car il offre de vrais plats bien goûteux comme le cabillaud à la choucroute qu'a dégusté Sooty, au lieu des sempiternelles quiches et salades - qui trouvait que la pièce manquait de cohésion et se diluait entre les textes et les différentes performances des acteurs (danses, strip-tease, chansons etc). Nous pensions que la scénographie aurait dû aller jusqu'au bout et jouer le jeu du café théâtre : obliger les spectateurs à consommer (ticket boissons comprises) et faire assoir les filles sur les genoux des clients ..;-() J'ai trouvé personnellement la représentation trop longue et j'avoue que je peinais à rester éveillée ... On retrouve dans la pièce des allusions au théâtre de Brecht, notamment à Mahagonny. Cette idée de la trangression des codes imposés par la société par la consommation sexuelle sans entrave, ce paradis du divertissement sans limite met le spectateur dans un état trouble entre voyeurisme et complicité. J'ai trouvé l'"éffeuillage" des actrices peu érotique, non pas l'effet "Grimbledon Down" (comic strip paraissant dans
New Scientist où des scientifiques cherchent à inverser la libido de leurs cobayes en leur projetant des images pornos) de certaines chaînes porno du satellite, mais plutôt une 'desexualisation de la sexualité'. Evidemment, Sooty a trouvé que la plupart des filles manquaient des rondeurs siliconées que l'on voit s'afficher partout ... Un tour de poitrine de 70 ou 80 a du mal à concurrencer les globes surgonflés des Barbies girls virtuelles ou réelles .... On retrouve ce thème dans le film
Mon trésor que nous sommes allés voir hier soir. La aussi, le corps de ces femmes, à consommer sans modération, perd toute émotion dans sa marchandisation. Je reviendrai plus tard sur ce film que je trouve très fort et très dur. Je voudrais revenir un instant sur la position inconfortable de spectateur de Paradise: a un moment, vers la fin du spectacle, une femme est brutalisée sous nos yeux. Un homme, le propriétaire du Paradise, je crois, la traîne par terre et la roue de coups. Une spectatrice assise à côté de moi n'a pas pu supporter cette scène, elle s'est levée et est partie avec son compagnon. J'ai cru dans un premier temps que c'était une actrice, que cela faisait partie du spectacle, pas du tout. Cela me pose le problème (éthique ?) d'assister sans réagir, aussi bien à des fictions (c'était le cas), qu'à des reportages (présentant des faits réels) ou à des scènes dans la rue ou dans le métro où des femmes et des populations vulnérables (enfants, gitans, clodos) sont malmenés ou humiliés. La réaction de cette spectatrice était-elle excessive, relevant d'une sensiblerie surannée, ou bien traduit-elle une véritable position humaine (humaniste ?) face à l'indifférence croissante devant la barbarie du monde ?