Moolaade
Samedi, nous sommes allé voir le film Moolaadé de Sembene Osmane. Dans ce film, qui dénonce la pratique de l'excision, les femmes d'un village su Sahel (Sénégal ou Burkina, ça ne paraissait pas très clair) prennent progresivement conscience des conséquences dramatiques de l'excision pour leurs peites filles et se rangent derrière Collé Ardo, une coépouse d'un agriculteur qui a décidé de s'opposer à cette pratique en refusant d'exciser sa fille. Quatre fillettes, fuyant la "purification" lui demande protection au nom du Moolaadé (droit d'asile).
Deux conceptions vont alors s'opposer dans ce village bien paisible : d'un côté, le clan des "exciseuses", vieilles femmes rigides qui ne connaissent que la tradition, soutenues par les hommes et surtout les anciens du villages ; de l'autre Collé Ardo et ses coépouses qui ont loudement subi cette mutilation : Collé a perdu ses deux premières filles, elle a dû subir une césarienne pour accoucher de sa dernière fille. Elle trouve un allié inattendu en Mercenaire, le commerçant ambulant, qui pourtant n'a rien d'un ange (il roule sans scrupule sa clientèle et drague toutes les filles qui passent...) Mais cet ancien militaire ne supporte pas de voir fouétter Collé Ardo qui refuse de lever l'asile qu'elle a accordé aux fillettes en prononçant une formule magique. Ibrahima, le fils du chef n'a pas son courage. Fiancé à la fille de Collé, il accepte dans un premier temps comme promise une fillette de 11 ans, dûment excisée, pour ne pas désobéir à son père... Qui menace de le déshériter.
Un drame va précipiter la prise de conscience des femmes et les amener au refus de se soumettre à une tradition aussi barbare.
J'ai trouvé le film assez intéressant, malgré une facture un peu trop idéologique. Il se présente comme un conte moral, et malgré la typologie variée des personnages (le chef autoritaire, le mari lâche et violent, l'héritier immigré peu courageux, les vieilles femmes presque sadiques, la jeune fille coquette et inconsciente), ce récit manque parfois de complexité. Les exciseuses sont-elles réellement cette caste de prêtresses ? Les petites filles les voient portant des masques terrifiants ... ;-( D'après ce que j'ai lu ou entendu, ce sont souvent des tantes ou des grands-mères affectueuses et les petites filles ne les craignent pas à priori. On ne voit pas non plus l'ambiguité de l'islam dans l'histoire, sauf lorsque Collé affirme que des femmes non excisées vont en pélerinage à la Mècque et que l'imam a dit à la radio que ce n'était pas un precepte musulman. Un autre détail bien croqué, c'est le rôle de la radio comme média d'éducation et de vulgarisation en Afrique. La seule mesure que les anciens ses sont dépêchés de prendre, c'est de réquisitionner et de bruler toutes les radios du village. Radios que la plupart des femmes avaient payé de leurs deniers et qui font désormais partie de leur quotidien ... Le réalisateur termine d'ailleurs son film par un clin d'oeil, l'antenne de la télévision que le riche immigré, fils du chef, vient d'installer... Même complètement perdu dans la brousse, ce village ne sera plus isolé, la mondialisation et les médias internationaux (RFI, la télévision) l'ont définitivement rattrapé et intégré...
