La petite Jérusalem

La semaine dernière, nous sommes allés voir La petite Jérusalem. Entre recherche psychologique sur l'éveil d'une jeune fille aux émotions sensuelles et sexuelles et à l'amour et étude ethnographique d'une tribu de banlieue parisienne - les juifs tunisiens à Sarcelles - ce film avait de quoi me séduire. Mais, autant l'aspect découverte des sentiments est très justement amené et joué avec beaucoup de vérité par Fanny Vallette, autant la description de la vie quotidienne dans ce milieu juif orthodoxe me paraît tomber dans la caricature. Peut-être que ce milieu est lui-même une caricature, en voulant trop singer "Mea Shéharim", le quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem. Quelque part, toute cette mise en scène (c'est le cas de le dire...) sonne faux. J'ai connu ce quartier de Sarcelles, il y a trente ans : à la Sinagogue, pendant les fêtes de Kippour, une marieuse avait même proposé à ma tante, un très bon parti pour moi, un ingénieur de bonne famille et très gentil... J'étais déjà avec S., mais c'était une bonne proposition... ;-)L'ambiance était alors bonne enfant, le repli communautaire n'avait pas encore commencé. Je comprends l'intention de la réalisatrice de montrer que l'on peut découvrir la sensualité et le plaisir dans l'acte sexuel, aussi bien par la transgression, c'est le cas de Laura, l'héroïne, qui tombe amoureuse du seul arabe intello de la ville (et encore, il n'est natif de Sarcelles, mais journaliste réfugié d'Algérie), que dans le respect de la loi religieuse. C'est ce à quoi arrive sa soeur Mathilde, qui passe d'une frigidité toute victorienne à l'orgasme avec son mari ultra-orthodoxe, grâce aux bon conseils de la "dame du Mikvé" (le bain rituel). Je trouve d'ailleurs, que malgré toute sa sensibilité, Elsa Zylberstein, ne peut représenter une juive tunisienne pratiquante et qui a fait un "mariage de raison". Il lui manque la rondeur et l'énergie de la femme méditerranéenne. Même avec ses enfants, elle paraît trop froide et sèche. Laura (Fanny Valette), qui joue la rationaliste kantienne (comme le dit son prof de philo), est en fait beaucoup plus près de ce modèle. Je suis sortie de ce film assez sceptique et partagée sur les conclusions où veut nous amener la réalisatrice. Ce film prône la tolérance et l'améliorations des relations Juifs-arabes, mais d'autre part, il semble indiquer que les juifs religieux ne peuvent pas vivre pleinement leur foi en France. Ils doivent faire leur "alia" en Israël pour trouver le bonheur... Quant à Laura, si elle se retrouve libre, libérée du poids des traditions de sa famille, elle est encore loin d'être heureuse et de se réaliser dans une union multiethnique et multiculturelle ... Encore un détail qui me paraît peu crédible dans ce film : le personnage de la mère. IL aurait été parfait pour une personne d'au moins 80 ans (comme ma tante qui aurait aujourd'hui dépassé les 90). mais, il s'agit dans le film d'une quinquagénaire (sa plus jeune fille a 18 ans, et sa fille aînée la trentaine). Et si j'en juge, par mes voisines (à Pantin), les "tunes" même très pratiquantes de cette génération, sont autrement dégourdies ...;-) Le film reste néanmoins très attachant par son approche intime de la jeune fille, la caméra filme toujours très (presque trop) près de la peau. Et dans un contexte où la "pudeur" doit régner (tout le monde est "collet-monté"), c'est plutôt réussi.

















