C'est critique ... !
Non, cette expression n'a rien à voir avec la situation de crise politique que vit une partie de la France actuellement ...
Et si elle fait référence à une île du Sud de la Méditerranée, il ne s'agit pas de celle où croise ces jours-ci un yacht avec à son bord un célèbre "boat people", et qu'ont choisie pendant plusieurs siècles ces moines chevaliers inventeurs de la sécurité sociale pour croisés en édifiant les premières structures hospitalières au niveau européen, voire même euro-méditerranéen ... !
L'île dont je veux vous parler a aussi, comme Malte, une dimension européenne - et pas seulement parce qu'elle fait partie de l'euroland et de l'espace Schengen.
C'est sur ses rivages que Zeus ramena la belle Europe après l'avoir enlevée d'Asie mineure - comme quoi, Europe elle-même n'est qu'une immigrée, mais choisie !
Vous l'avez compris, c'est de la Crète dont je veux vous entretenir. Alors, que vient faire la critique dans cette galère ? [à propos de galère, on a bien fait de ne pas avoir pris l'excursion à Santorin que je commençais à regretter, il pleuvait des cordes le jour prévu, et les malheureux touristes qui s'y sont risqués ont ramené des parapluies et des KWays comme souvenirs ...;-( dixit une participante].
J'arrive à mon explication. Un jour - ou plutôt un soir - Sooty n'arrivait pas à identifier un des plats présenté (une sorte de bouillie à la sauce tomate). La serveuse interrogée nous donna la réponse : c'était du boulgour (je l'avis deviné !). Mais S. n'était pas convaincu : cela ne correspondait pas à ce que lui prépare sa maman - et qu'il réussi bien lui-même :-)
"Einai critico !" lui répondit la serveuse. C'est crétois ! Rien à rétorquer devant cette évidence ... Depuis, nous avons adopté cette expression, en la francisant, pour exprimer tout ce qui nous paraissait vraiment crétois (et critique aussi, pendant qu'on y était ...;-). Entre nous, c'est devenu un "private joke" : c'est critique !
Critique : utiliser la bande d'urgence pour doubler sur une route à une seule voie !
Encore plus critique : remonter sur plusieurs kilomètres en sens inverse la quasi-autoroute qui relie Héraklion à La Canée [la route "ethnique" (= nationale)], ce qui rend la situation du coup ethnico-critique ... et même vraiment dangeureuse :-(
Critique, bien sûr, le dépassement des vitesses autorisées (sauf au voisinage des radars), si bien que l'on avait du mal à dépasser des camions sur les épingles à cheveux des routes de montagne !
Critiques toujours, les embarras d'Héraklion qui dépassent de loin les embouteillages parisiens ! C'est normal, tout comme le décolleté de la "Parisienne" de Knososs dépassent ceux des Parisiennes de Paris ...;-)
Critique enfin, la manière toute naturelle de mélanger la religion (orthodoxe, bien sûr, malgré les nombreuses et très belles mosquées qui témoignent de la période ottomane) avec la politique (au cours des multiples résistances contre l'occupant : Arabe, Vénitien, Turc, Nazi) et la vie quotienne.
Le musée de Papa Michelis à Asomatas en est un exemple frappant. Ce prêtre de 86 ans a transformé sa maison dans cette petite ville de montagne en sorte de musée à la "Facteur Cheval" : on y trouve pêle-mêle, des objets rituels religieux (ensensoirs, candélabres, crucifix, vêtements chamarrés des prélats, et même un enfant Jésus sous la forme d'un baigneur en celluloïde dans une vasque de baptême ...!), des outils ruraux et ustensiles de cuisines (ceux que l'on trouve habituellement dans les musées de traditions populaires), des documents et journaux datant de l'occupation nazie et du mouvement de libération de 1941 (Papa Michelis, séminariste à cette époque a participé ainsi que son père à la Résistance et caché des soldats britanniques et australiens), des instruments de musiques et des photographies, et enfin, cerise sur le gâteau, la collection complète des chaussures de sa fille de sa naissance jusqu'à ses 18 ans ...! Rien n'y manquait, petites pantoufles, souliers vernis du dimanche, tennis, sandalettes, etc...
Vous l'avez compris, ces prêtres orthodoxes se marient. Nous avons d'ailleurs discuté le bout de gras avec son fils (en anglais, le français se perd en Crète). Il nous a tout de suite demandé notre avis sur l'évolution des élections.
Critique aussi, cette passion de la politique qui rivalise avec celle que l'on trouve en France. Dans les superettes, au restaurant, comme dans les stations services ou les agences de locations de voitures, partout les Crétois nous interogeaient sur les élections !
Finalement, il ne s'agit pas d'un faux ami, les mots critique et crétois ont beaucoup plus qu'une vague ressemblance morphologique !
Tout ce qu'il faut espérer, c'est que l'économie de marché, adoptée avec ardeur dans le pays (les Crétois sont des Grecs ...), ne fasse pas disparaître cet esprit critique d'un peuple attachant et gourmet !
J'ai bien peur que c'est ce qui est en train d'arriver au fameux "régime crétois". Comme nous l'a confirmé Manoussos, qui une "taverna" à Plakias, pêcheur et fils de pêcheur qui ne mange jamais de viande : le poisson est en train de disparaître des côtes crétoise comme de toute la Méditerranée. Heureusement, l'huile d'olive résiste encore, on ne peut pas transformer du jour au lendemain toutes les oliveraies - essentiellement plantées en terrain montagneux - en campings et en MédiDysneyland ... ;-)
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